Théorie du design : vision du designer et imaginaire

Vision du designer : analyse sémiotique de la relation entre l’imaginaire du designer et son projet de design ou, quelles articulations entre l’imaginaire et la vision du designer ?

Introduction

Tout projet de design, et partant l’imaginaire qui y participe, tout sensible qu’il est, a une certaine rationalité. Celle-ci sert à bâtir le projet lui-même et à rendre possible son partage. Ce partage présuppose du sens. Tout design peut être considéré comme un ensemble signifiant qui articule un plan d’expression et un plan de contenu. L’imaginaire participe ainsi à la production de sens du design. On peut donc étudier sémiotiquement cette participation dans la vision du designer.

Cet imaginaire est aussi une pensée du bris et du collage d’images

Il est le fruit d’assemblages propres à chacun dans la mesure où, collecte, sélection et montage d’images s’effectuent subjectivement. Il y a donc plusieurs imaginaires possibles. On peut dire de façon générale, que dans l’imaginaire et le design, il existe une part sociale et une part individuelle. L’objectif de la première est de générer du sens partageable par le plus grand nombre de destinataires choisis.  La seconde est déterminée par la vision du designer.

Partagé social, l’imaginaire va permettre des designs

Ceux-ci pourront être saisis par les destinataires mais devront également s’intégrer dans la culture de ces derniers. Yuri Lotman a étudié le fonctionnement du sens au niveau de la culture qu’il appelle la sémiospère. Il a repéré un cycle de 4 étapes. Fontanille les a articulé selon l’intensité et l’extensité des phénomènes culturels étudiés. Chaque design contient la trace de l’imaginaire du ou des designers qui y ont travaillé. Il peut apparaître à une des 4 étapes de ce cycle. Il convient alors au designer de choisir dans son imaginaire ce qui sera le plus en adéquation avec telle ou telle étape.

L’imaginaire, part subjective

Il est un processus dynamique qui permet au designer de configurer ses constituants, sensibles ou non, et d’agencer leurs relations en fonction du projet travaillé. Ces constituants ne sont ni convoqués ni assemblés toujours de la même façon. Mais ils sont contraints par l’intentionnalité du designer. C’est-à-dire qu’ils sont soumis à ses forces inhibitrices et excitatrices. Ils constituent la vision du designer. Dès lors, ces processus dynamiques entrent dans une logique de valorisations. Celles-ci participent des visions des designers sur le design. Les valorisations peuvent être partagées ou s’opposer à celles d’autres designers. Elles sont construitent à partir de l’opposition fonction représentationnelle/fonction constructive. Dans un cas l’imaginaire sert la nature de l’objet travaillé, dans l’autre il reconstruit cet objet.

Mais comment appréhender la réalité de l’objet du design ?

Telle expression est-elle représentationnelle ou constructive ? Telle matière est-elle fonctionnelle ou esthétique ? Plus constructive que représentationnelle ? Le designer va alors segmenter son imaginaire en catégories. Il dénomme ces dernières mais en fonction de l’objet étudié, les dénominations peuvent rester et les contenus varier. Telle expression est représentationnelle pour tel objet mais constructive pour tel autre.

Le designer doit donc catégoriser son imaginaire en fonction du design sur lequel il travaille. Il le fait en rapport avec ces deux fonctions. Pour cela il va faire appel à une des capacités fondatrices de l’activité de langage : la capacité à catégoriser le monde perçu. Rappelons que les langages manipulent des catégories (ou types) d’objets et non des occurrences…

Exemples illustrant les relations imaginaire & vision, sémiotique & design

imaginaire, vision du designer, sémiotique, design

imaginaire et vision du designer, sémiotique et design

Si on assigne la fonction constructive au design celui-ci est chargé de modifier le produit, car le sens est à créer. La valeur est créée par le design. Exemple de la montre Stark (à droite) : sont conservés le bracelet, la rondeur, les matériaux ou matières et les proportions; par contre la représentation du temps, le trou au milieu et la fusion montre/bracelet introduisent une dimension esthétique comme une réécriture, une reconstruction de la montre. La transparence du verre est à gauche fonctionnelle et, à droite, esthétique pour donner une profondeur.

Autre exemple la friteuse : on pourrait penser au 1er abord que la présence massive du verre est un décalage avec le design de la friteuse mais il fallait bien montrer la fonctionnalité de ce produit. La couleur verte + proportion + transparence de la cuillère sont là pour exprimer «la naturalité» de la cuisson. On voit avec ces 2 exemples que la matière verre peut basculer d’une fonction à l’autre; ceci est possible également dans le temps pour un même objet; à tel moment telle matière sera pensée comme représentationnelle puis deviendra constructive…

Intervention complète sur l’imaginaire et la vison du designer au format pdf :  099webJG

colloque à : http://dim.unimes.fr/

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