Théorie de l’humour : apports des sciences sociales et du langage

sémiotique de l'humour

sémiotique de l’humour

Sémiotique de l’humour : apports des sciences sociales et du langage

[…] De cette multitude d’approches, nous pourrions dire que chacune des disciplines au chevet de l’humour en a saisi un aspect.

En psychanalyse, dédramatisation et distanciation seraient les mots clefs liés à l’humour. Les psychologues se sont penchés tant sur ses vertus thérapeutiques que sur les processus cognitifs mis en place lors de la production et de la réception d’un échange humoristique.

Les sociologues et les anthropologues ont observé les fonctions sociales de l’humour. Ils pensent résistance aux persécutions, volonté de détente ou de moralisation et fonction libératrice lorsque le carcan de la société est trop lourd (démythification par exemple).

Les philosophes ont montré que l’humour pouvait être un mode d’existence. Ils rejoignent en cela l’analyse de Fontanille. Ils établissent également une relation entre l’humour, l’esthétique et l’éthique. Les sémioticiens par leurs analyses ont montré l’intervention de l’humour sur le contrat fiduciaire. Mais ils soulignent également son rôle distanciateur et perturbateur de valeurs et le rôle de l’ambiguïté dans la mécanique humoristique.

L’humour catégorie ou type ?

À travers ce panorama multidisciplinaire, nous avons pu observer que le trait commun à toutes ces sciences, est de penser le sémème humour indifféremment comme dénominateur d’une catégorie sémantique ou comme un type. Comme catégorie, l’humour comprend les sémèmes plaisanterie, farce, blague, etc. Comme un type de cette même catégorie, l’humour est au même niveau que les sémèmes plaisanterie, farce, blague, etc. Parfois les auteurs passent de l’un à l’autre dans le même espace théorique sans pour autant que le lecteur puisse clairement identifier quel sens est utilisé dans tel ou tel paragraphe.

Par souci de clarification, nous concevons l’humour comme concept générique.

Pour certains, l’humour englobe tout et se désagrège dans les imprécisions. Élusif, il désespère toute volonté de circonscrire son ensemble de significations. Mais surtout de définir la/les caractéristique(s) partagée(s) par l’ensemble des sémèmes associés. Si la plaisanterie ou le jeu de mot sont des sémèmes de la catégorie l’humour. Et si la caractéristique partagée par l’ensemble est le renversement, la transgression des valeurs alors la plaisanterie et le jeu de mot sont des transgressions du niveau axiologique ; mais est-ce applicable ?

Pour d’autres, le sens est délimité mais le sémème ne se différencie pas pour autant des autres sémèmes du champ humoristique : dans ce cas, quelle différence entre humour et farce ?

l’humour une action sur l’axiologie ?

Cependant, Tous s’accordent pour voir dans l’humour une action sur l’axiologie des valeurs subjectives ou partagées ; action que certains qualifient de bouleversement, de transgression et d’autres de renversement marquant par là une variabilité de l’intensité de l’action. Mais le problème reste entier. Car, à penser que l’humour, en dehors de la mesure de son ou ses effets phoriques, est une action perturbatrice sur l’axiologie des valeurs on en vient à affirmer que le jeu de mot, le canular, la farce et autres sous-types agissent également sur ce même terrain axiologique. Or nous connaissons tous nombre d’exemples humoristiques qui n’ont aucun effet sur nos valeurs ou celles des autres.

Il reste de ces approches à utiliser quelques critères tels que la tonalité affective. Il faudra probablement la redéfinir. Mais elle pourrait représenter la variabilité thymique (sympathie, bienveillance, agressivité par exemple) liée à différents sémèmes du champ du risible ; ou bien encore la notion de faire-valoir, qui pourra être reliée soit à une partie des destinataires voire des allocutaires soit à l’objet mis en cause par le risible.

En résumé, l’humour

Que pouvons nous dire de l’humour, qu’il soit catégorie ou type, après ce parcours multidisciplinaire. L’humour est une pratique volontaire au cours d’un échange entre un destinateur et au moins un destinataire ; parfois l’humour met en cause un autre actant sur lequel il va s’exercer. La conception de l’humour comme catégorie ou type va déterminer l’existence de tout ou partie des caractéristiques qui lui sont relatives.

A. Ensemble des caractéristiques de l’humour pour une sémiotique de l’humour :

  1. catégorie versus type
  2. commutateur de phories : dysphorie/aphorie < — > euphorie
  3. outil économique de gestion de crise thymique
  4. outil informatif concourant au développement des habiletés sociales
  5. outil d’automaintien de rapport intergroupal (ethnie, classe sociale, sexe, etc.)
  6. outil perturbateur axiologique (transgression de valeurs établies)
  7. outil de résolution de conflits

Pour cet ensemble de caractéristiques permettant une construction sémiotique de l’humour, nous devons remarquer que la conception de l’humour comme catégorie ou comme type va conditionner la qualité de la corrélation des caractéristiques […]

Pour construire une sémiotique de l’humour, résumons ces apports : l’humour ne serait-il pas un commutateur agissant sur les trois niveaux repérés par les différentes disciplines des sciences humaines et des lettres, à savoir : phorique, des habiletés sociales et axiologique ?

B. éléments relatifs au processus humoristique permettant une sémiotique de l’humour :

  1. Pas de figures rhétoriques dédiées
  2. Un connecteur et/ou disjoncteur
  3. Une incongruité isotopique et/ou contextuelle
  4. Une ambiguïté comme un écart topique
  5. Une distanciation énonciative
  6. Une distanciation axiologique
  7. Une action sur le contrat fiduciaire
  8. Une dimension inférentielle ou idiolectale

Chaque point est cumulable avec les autres et le nombre de combinaisons possibles est important; on peut toutefois distinguer certaines suites d’opérations ordonnées […]

Sur la sémiotique de l’humour :

http://epublications.unilim.fr/revues/as/2027

http://epublications.unilim.fr/revues/as/3254

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